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Red flags d'un fondateur de startup : les 7 phrases qui me font dire non

Un fondateur peut tout avoir pour lui : un bon produit, un beau marché, un pitch bien rodé. Il suffit pourtant d'une seule de ces sept phrases pour que je passe mon tour. Voilà lesquelles, pourquoi, et ce qui, à l'inverse, ne doit pas t'arrêter.

Publié le 28 septembre 20266 min de lecture

En bref

Un red flag, c'est un signal chez le fondateur qui suffit à me faire passer mon tour, même quand le reste du dossier est bon. J'en ai sept : pas de concurrents, un discours sur le marché plutôt que sur les clients, aucun risque identifié, des rôles flous entre associés, une levée qui sert d'abord à se payer, des clients qui ne reviennent pas, et un capital dont il évite de parler. À l'inverse, un fondateur jeune, un petit chiffre d'affaires ou un premier produit imparfait ne sont pas des raisons de dire non.

Pourquoi je regarde le fondateur avant le dossier

Quand tu investis tôt dans une startup, il y a rarement beaucoup de chiffres à analyser : un produit qui démarre, quelques clients, un plan sur trois ans que personne ne peut vérifier. Ce que tu achètes surtout, c'est la capacité d'une équipe à avancer quand son plan de départ ne marche pas. J'investis sur l'humain, et c'est pour ça que j'écoute d'abord comment le fondateur parle de sa boîte.

J'ai étudié des centaines de dossiers, et je suis aussi de l'autre côté de la table : des startups me paient pour les aider à lever des fonds. Je sais donc à quoi ressemble un pitch bien préparé. Il est construit pour te convaincre. Ce qui m'intéresse, ce sont les phrases qui échappent au fondateur, celles qui montrent comment il pense quand il n'a pas de slide sous les yeux.

Les 7 phrases qui me font dire non

1. « On n'a pas de concurrents »

C'est la phrase que j'entends le plus souvent, et celle qui m'arrête le plus vite. Soit le marché n'existe pas, parce que personne ne paie pour régler ce problème. Soit le fondateur n'a pas cherché. Dans les deux cas, je passe. Un client a toujours une autre solution, même si c'est un tableur, un stagiaire ou ne rien faire du tout. Un bon fondateur connaît ses concurrents par leur nom, sait ce qu'ils font mieux que lui, et explique pourquoi les clients viendront quand même chez lui.

2. Il parle du marché, jamais de ses clients

« Un marché de 40 milliards » ne me dit rien. Ce chiffre sort d'une étude que n'importe qui peut acheter, et il ne dit rien de la capacité de cette équipe à vendre. Je veux savoir ce qu'il a vu chez ses clients que les autres n'ont pas vu : les mots qu'ils emploient, ce qui les a décidés à payer, ce qui a failli les faire partir. Un fondateur qui a passé du temps avec ses clients en parle avec des détails qu'on n'invente pas.

3. Rien ne pourrait faire échouer sa boîte

Je pose toujours la question. Un bon fondateur connaît ses points faibles mieux que moi, et il les cite sans que j'aie à insister : un recrutement clé qui manque, un client qui pèse trop lourd dans le chiffre d'affaires, une règle qui peut changer. « Franchement, rien » n'est pas une réponse. Ça veut dire qu'il n'a pas regardé, ou qu'il ne veut pas que je regarde.

4. Personne ne sait qui décide quoi

Deux associés, aucune répartition claire des rôles ni du dernier mot. Tant que tout va bien, ça ne se voit pas. Le jour où ça tangue, et ça tangue toujours à un moment, la boîte s'arrête à leur désaccord. Je demande qui tranche quand ils ne sont pas d'accord sur le produit, sur l'argent ou sur un recrutement. Si les deux se regardent avant de répondre, j'ai ma réponse.

5. La levée sert d'abord à se payer

Je regarde toujours à quoi va servir l'argent levé. L'argent que tu mets doit financer la croissance : des ventes, du produit, des recrutements qui font avancer la boîte. Pas le confort des fondateurs. Qu'un fondateur se verse un salaire pour vivre, c'est normal. Quand sa rémunération est la première ligne du plan de financement, c'est autre chose.

6. Le produit est sorti, et personne ne revient

Des clients qui essaient puis disparaissent, ce n'est pas un problème de marketing. C'est le produit. Je demande combien de clients reviennent ou renouvellent après un mois, trois mois, six mois. Si le fondateur me répond par le nombre de nouveaux inscrits du mois, il évite la question. Dépenser plus en publicité pour remplir un seau percé ne règle rien.

7. Il évite les questions sur son capital

Qui est déjà entré, à quel prix, avec quelles conditions. C'est ce qu'on appelle la table de capitalisation. Certains investisseurs précédents ont parfois obtenu des droits particuliers, par exemple être remboursés avant les autres le jour d'une revente. Ça change directement ce que tu toucheras. Si c'est flou avant, ce sera flou à la sortie. Un fondateur sérieux t'envoie ce document sans discuter.

Un fondateur peut tout avoir pour lui. Une seule de ces phrases, et je passe mon tour.

Dans cette vidéo, j'explique comment je prends du recul face à un fondateur qui défend sa vision, et pourquoi il faut savoir dire non :

Dire NON à une STARTUP

Ce qui n'est pas un red flag

Ce qui n'est pas un red flag : un fondateur jeune, un petit chiffre d'affaires, une première version imparfaite.

À l'inverse, certains signaux font peur quand on débute alors qu'ils ne disent rien de grave.

Mes sept red flags parlent tous de la même chose : la lucidité du fondateur et sa façon de traiter l'argent des autres. Ni son âge, ni la taille de sa boîte aujourd'hui.

Comment j'utilise cette liste

  1. Je l'écris avant l'appel

    Ma grille est prête avant d'entendre le pitch. Devant un fondateur qui raconte bien, on a vite tendance à excuser ce qu'on aurait refusé sur le papier.

  2. Je pose les questions qui font sortir ces phrases

    Qui sont tes concurrents, qu'est-ce qui pourrait tout faire échouer, qui décide quoi, à quoi va servir l'argent, qui est déjà au capital. Les réponses arrivent vite.

  3. Un seul red flag suffit

    Je ne fais pas de moyenne. Six bonnes réponses ne rattrapent pas une table de capitalisation qu'on me cache.

La plupart des dossiers s'arrêtent là. C'est normal, et c'est ce qui protège ton argent. Savoir dire non, même à une startup qui a l'air bonne, fait partie du travail d'investisseur. Une bonne startup n'est pas toujours un bon investissement pour toi.

Les red flags ne sont qu'une partie du tri. Le prix d'entrée, la place du dossier dans ton plan et les questions à poser au fondateur sont dans mon guide pour choisir une startup.

Contenu pédagogique : ce n'est ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d'acheter ou de vendre. Investir en startup comporte un risque de perte totale du capital investi et une forte illiquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Tes questions

Les questions qu'on me pose le plus

Qu'est-ce qu'un red flag quand on investit dans une startup ?

C'est un signal d'alerte assez grave pour arrêter l'étude d'un dossier, même quand le reste a l'air bon. Chez moi, ce sont surtout des signaux sur le fondateur : sa lucidité sur ses risques, sa connaissance de ses clients, sa transparence sur le capital et sa façon d'utiliser l'argent levé. Un seul suffit pour que je dise non.

Faut-il éviter une startup qui fait encore peu de chiffre d'affaires ?

Non, pas pour cette seule raison. Au début, un petit chiffre d'affaires est normal. Ce que je regarde, c'est d'où viennent les premiers clients, s'ils reviennent et ce qu'ils disent du produit. Une startup avec peu de clients qui restent m'intéresse plus qu'une startup avec beaucoup d'inscrits qui disparaissent.

Comment savoir qui est déjà au capital d'une startup ?

Tu demandes la table de capitalisation : la liste des actionnaires, leur part et le prix auquel ils sont entrés. Demande aussi si certains investisseurs ont obtenu des conditions particulières, par exemple le droit d'être remboursés avant les autres en cas de revente. Un fondateur sérieux te répond sans difficulté. S'il esquive, c'est déjà une réponse.

Un fondateur sans expérience, c'est un mauvais signe ?

Pas en soi. L'âge et le CV ne disent pas grand-chose de la capacité à écouter ses clients et à corriger le tir. Je regarde plutôt ce qu'il a déjà réussi à faire avec peu de moyens, et la façon dont il parle de ses erreurs. Un fondateur jeune et lucide vaut mieux qu'un fondateur expérimenté qui ne voit aucun risque.

Est-ce que tu peux me dire si une startup est un bon investissement ?

Non. Je ne suis pas conseiller en investissements financiers, un métier encadré par l'AMF. Je t'apprends à lire un dossier et à poser les bonnes questions, et je te montre comment je réfléchis sur de vrais dossiers. La décision reste toujours la tienne.